Quelle sera la senteur de votre cinéma d’été ?
Il y a des nuits de lune, dans les cinémas d’été, des nuits qui passent et ne reviendront jamais, avec le chèvrefeuille et le jasmin.
Il est pratiquement impossible de ne pas avoir en tête cette chanson, parmi les plus populaires de Loukianos Kilaïdonis, lorsqu’un ami propose d’aller au cinéma d’été ou lorsque celui-ci est le sujet de la discussion. Si le créateur de cette chanson rêvait de l’entendre interprétée par « une authentique bande américaine de Nashville », les cinémas d’été semblent être le rêve de milliers de gens qui attendent impatiemment la fin de l’hiver et l’ouverture de ces « salles », à la fin du printemps.
Outre sa valeur esthétique et sentimentale, qui fait qu’il occupe une place importante dans la vie des Grecs de tous âges, le cinéma d’été est particulièrement intéressant en tant qu’élément historique d’une période où tout ce qui se passait en plein air, comme les loisirs, était principalement lié à la vie publique des Grecs. Le cinéma d’été est un bon exemple de l’effet du climat sur l’architecture urbaine. La Grèce est dotée des conditions qui, sur une grande partie de l’année, rendent agréables les espaces ouverts qui deviennent des lieux idéaux pour la rencontre et la socialisation.
Ciel étoilé, brise chaude, le cœur qui bat (à cause du film ou bien à cause de celui qui vous accompagne). Et, quoi d’autre ? Les senteurs. Mais, tous les cinémas d’été n’ont pas le parfum de « chèvrefeuille et de jasmin ». Pour preuve : certains cinémas (tel qu’Athinaia), outre les plantes grimpantes et les peupliers, sont liés à l’odeur de la tyropita (le gâteau feuilleté farci au fromage fêta) faite maison - et qui était aussi une des raisons pour lesquelles il y avait une longue file devant le guichet. Pour les anciens cinéphiles de Thessalonique (qui compte 4 cinémas d’été, de nos jours), le cinéma en plein air signifiait l’arôme du café grec, la tzitzibira (bière au gingembre), le koulouri (pain en forme d’anneau, parsemé de sésame) et les loukoumades (beignets) frais, puisque les cafés autour de la place Aristotelous n’arrêtaient pas de préparer les cafés tandis que les petits vendeurs de rue apprenaient par cœur la programmation des projections.
Aujourd’hui, outre l’odeur du popcorn, de la bière (et des lotions anti-moustiques !), dans les cinémas d’été sur les îles, telles que Mykonos, Santorini et Kimolos, le sel de la mer rejoint les épices des cocktails aromatiques. Dans les quelques cinémas drive-in, les cantines tentent tout le monde en proposant des choix triés sur le volet pour renforcer le spectacle de la façon la plus agréable.
Cela fait 124 ans… qu’on va au cinéma d’été
Quatre ans après sa première européenne, en 1896, le cinéma arrive dans notre pays. Pour être plus précis, il arrive dans les cafés de la place Syntagme, où ont lieu les premières projections - en plein air, évidemment - parmi lesquelles celle du légendaire Voyage dans la Lune, de Georges Méliès. Depuis cette époque reculée à nos jours, les habitants de la capitale emplissent les cinémas d’été avec la même ferveur que ceux d’Athènes d’antan qui succombait sous le charme du septième art, de cette « mode inédite » comme disaient les chroniqueurs de l’époque. Pour certains, les projections d’été sont idéales pour reprendre son souffle après une journée de travail. Pour d’autres, c’est une occasion de se trouver près de la mer. En effet, outre les cinémas historiques du centre-ville, l’Attique propose également des choix en bord de mer, tels que les cinémas d’été de Varkiza (le cinéma Ria est une référence depuis 1963), Lavrio, Palaio Faliro, Porto Rafti, Oropos et Le Pirée.
Mais, commençons par le centre. Au cœur de la capitale le pouls des cinémas d’été suit celui de l’histoire. Dès 1903, l’Aigli de Zappio et, dès 1905, jusqu’à ce jour, Dexameni enchantent le public sous le ciel attique. Certains cinémas d’été sont inclus dans des listes des meilleurs cinémas d’été du monde, diffusées à l’étranger (Ciné Paris depuis 1920 et Ciné Thisio, depuis 1935). Ainsi, ce n’est pas rare de voir parmi les spectateurs des gens venus des quatre coins du monde.
Les cinémas du centre font partie intégrante de la mémoire collective de la ville. Le Ciné Écran et le Vox, par exemple, sont immortalisés pour toujours grâce à L’été viendra de Stamatis Kraounakis. D’innombrables textes littéraires et articles citent également les historiques Ciné Riviera (à Exarchia) et Athinaia (Kolonaki), qui sont dorénavant situé sur des piétonniers grâce à Melina Merkouri qui est également celle grâce à qui plusieurs cinémas d’été ont été classés. À Kifissia, l’on trouve deux autres « pièces » de la tradition du cinéma d’été : Ciné Bonboniera qui opère depuis 1918, et Ciné Chloé, depuis 1960.
Mais, revenons au présent. La magie de la soirée au cinéma d’été peut transformer - ne fut-ce que pour quelques heures - le quotidien souvent stressant de la ville, comme si on était détendu et en vacances. Outre la capitale et la deuxième grande ville du pays, la province n’a rien à envier quant à l’amour pour les projections de cinéma sous le ciel étoilé. Dans les îles, proches (Poros, Spetses, Égine) ou moins proches (Cyclades, Crète, Îles Ioniennes et Dodécanèse), mais aussi en Grèce continentale (Volos, Loutraki, Agrinio, Patras, Aigio, Larissa, Ioannina), les cinémas d’été sont nombreux. Qui plus est, bon nombre d’entre eux opèrent sous l’égide des municipalités, proposant l’entrée à des prix particulièrement abordables et veillant à ce que la programmation inclue des options destinées aux plus jeunes.
Une nouvelle tendance, en particulier dans les plus petits hameaux et les îles, est celle des projections improvisées. Des soirées de cinéma d’été sont également organisées grâce au mécénat d’associations locales ou d’actions telle que « Cinema on Wheels ». Mais, la plus grande - et, dorénavant, annuelle - fête du cinéma en plein air est l’Athens Open Air Film Festival qui est organisé en collaboration avec les Soirées de Première et l’Organisme de la culture, des sports et de la jeunesse de la Ville d’Athènes (OPANDA).
Depuis l’été 2011 et tous les ans, entre juin et septembre, les œuvres du septième art sont projetées dans la capitale en transformant divers espaces en plein air (parcs, places, cours de musées, sites archéologiques, cinémas d’été et autres). Les habitants tout autant que les visiteurs sont initiés à la magie des projections nocturnes, en regardant des pépites du cinéma mondial, des chefs-d'œuvre classiques, des premières et de longues projections, mais aussi des films du cinéma muet avec l’accompagnement de musique en direct. Le festival le plus actif de la capitale propose un été plein de passion et d’amour pour le cinéma et l’Art. Toutes les projections et les évènements sont à entrée libre.